2 liens privés
Guide complet des finances personnelles : du budget à l'investissement
Ce guide a pour objectif de vous poser des bases saines et réalistes pour organiser vos finances personnelles, constituer votre épargne et investir sans tomber dans les pièges classiques.
1. Construire et gérer son budget
Un budget n'est pas un outil de restriction, mais un outil de visibilité. L'objectif est d'avoir une prévision réaliste de vos flux financiers afin d'évaluer votre capacité d'épargne et d'anticiper vos besoins de trésorerie.
La structure en 3 piliers
Les revenus
- Salariés : Le plus simple est de retenir votre salaire net à payer avant impôt ou net après impôt sur le revenu (selon votre mode de suivi).
- Indépendants / Entrepreneurs : Séparez strictement le budget de votre entreprise de celui de votre ménage. Ne prenez en compte que les rémunérations réelles que vous vous versez sur votre compte personnel (nets de cotisations et taxes).
- Aides et prestations : Intégrez les allocations régulières (CAF, aides au logement, etc.).
Les dépenses non discrétionnaires (incompressibles)
Ces dépenses couvrent vos besoins essentiels. La limite reste en partie subjective selon la situation de chacun :
- Logement (loyers, charges, remboursements de crédit immobilier)
- Taxes et impôts (si non prélevés à la source)
- Factures d'énergie (eau, électricité, gaz) et télécoms
- Alimentation de base
- Transports obligatoires (abonnements de transport, carburant pour se rendre au travail)
- Santé non remboursée et mutuelle
- Frais liés aux enfants (scolarité, garde)
Les dépenses discrétionnaires (plaisirs et loisirs)
Ces dépenses ne sont pas indispensables à la survie quotidienne :
- Sorties, voyages, activités sportives et culturelles
- Abonnements de loisir (streaming, jeux vidéo, magazines)
- Achats hors besoin immédiat (habillement hors nécessité, technologie, décoration)
Anticiper les dépenses exceptionnelles et lisser l'épargne
Pour une dépense importante ou ponctuelle (ex. un achat de matériel, un voyage), vous devez intégrer ce flux sur votre horizon budgétaire.
Exemple de calcul de trésorerie :
Si vous prévoyez d'acheter un équipement de 2,000 € le mois prochain et que vos revenus vous permettent d'épargner 200 € sur le mois en cours, vous devrez prélever la différence — soit 1,800 € — sur votre trésorerie existante (comptes courants, livrets) pour finaliser l'achat sans vous retrouver à découvert.
2. Capacité d'épargne et épargne de précaution
Évaluer sa capacité d'épargne
La capacité d'épargne correspond à ce qu'il vous reste une fois vos dépenses obligatoires et discrétionnaires réglées.
- Ordre de grandeur théorique : Pour un revenu net médian en France (autour de 1,800 € à 1,900 € net après impôt), viser 10 % d'épargne mensuelle constitue un premier objectif sain ( 180 € à 190 €). Une épargne plus engagée se situe autour de 20 % .
- Adaptation au profil : Ce taux doit s'adapter à votre situation. Il sera naturellement plus bas si vous avez des charges familiales lourdes ou un revenu plus modeste, et pourra dépasser 30 % à 40 % si vos revenus sont plus élevés ou si vos charges de logement sont faibles.
L'épargne de précaution : le matelas de sécurité
L'épargne de précaution sert à faire face aux imprévus (perte d'emploi, panne de véhicule, travaux urgents) sans devoir vendre vos investissements à perte ou souscrire un crédit à la consommation.
- Montant recommandé : L'équivalent de 3 à 6 mois de dépenses courantes.
- Support : Elle doit être conservée sur des livrets réglementés sans risque et immédiatement disponibles (LEP, Livret A, LDDS).
- Le piège du sur-stockage : Garder trop d'argent sur des livrets au-delà de ce matelas de sécurité engendre un coût d'opportunité : face à l'inflation, cet argent perd de sa valeur réelle sur le long terme au lieu d'être investi.
3. Les règles d'or de l'investissement et les erreurs à éviter
- Ne pas confondre rendement et absence de risque : Il n'existe pas de rendement élevé sans prise de risque. Si un placement vous promet un taux très supérieur aux livrets réglementés sans aucun risque de perte en capital, il s'agit soit d'un produit mal compris, soit d'une arnaque.
- Prioriser l'enveloppe fiscale et le support sur la défiscalisation : Investir uniquement pour "payer moins d'impôts" (dispositifs immobiliers défiscalisants complexes, produits surchargés de frais) conduit très souvent à surpayer un actif peu performant. La réduction d'impôt doit être un bonus, non le moteur de l'investissement.
- Surveiller la structure des frais : Les frais récurrents prélevés chaque année sur l'encours (frais de gestion du contrat, frais internes des fonds) impactent la performance à long terme de manière bien plus destructrice que de simples frais d'ordre d'entrée ou de courtage.
- La gestion passive et autonome : Choisir soi-même ses supports (comme des ETF à bas frais) au sein d'enveloppes fiscales adaptées surpasse quasi systématiquement la gestion pilotée ou les fonds bancaires classiques chargés en frais de gestion.
4. Analyse comparative des enveloppes fiscales
L'enveloppe fiscale définit le cadre d'imposition des gains, les plafonds d'imposition et les règles de retrait.
| Enveloppe | Niveau de recommandation | Plafond de versement | Imposition des gains | Usage recommandé |
|---|---|---|---|---|
| PEA (Plan d'Épargne en Actions) | Recommandé | 150,000 € | Exonération d'impôt sur le revenu après 5 ans d'ouverture (prélèvements sociaux de 17{,}2 % applicables). | Support prioritaire pour l'investissement en bourse à long terme (via ETF). |
| Livrets Réglementés (LEP, Livret A, LDDS) | Recommandé | Selon le livret ( 10,000 € pour le LEP, 22,950 € pour le LA, 12,000 € pour le LDDS) | Totalement exonérés d'impôts et de cotisations sociales. | Épargne de précaution et trésorerie à court terme. |
| Assurance-Vie (AV) | Selon le besoin | Aucun plafond | Abattement annuel sur les gains après 8 ans ( 4,600 € pour une personne seule, 9,200 € pour un couple). | Prise de date fiscale précoce, accès aux fonds en euros sécurisés, transmission de patrimoine. |
| PER (Plan d'Épargne Retraite) | Selon le besoin | Dépend du PASS / du revenu professionnel | Versements déductibles à l'entrée, mais réintégrés à l'impôt sur le revenu lors de la sortie en capital. | Utile principalement si votre Tranche Marginale d'Imposition (TMI) actuelle est élevée ( \ge 30 % ) et qu'elle baissera à la retraite. |
| CTO (Compte-Titres Ordinaire) | Dernier recours / Spécifique | Aucun plafond | Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 % (ou barème progressif). | À utiliser une fois le PEA saturé, ou pour acheter des titres non éligibles au PEA (obligations en direct, titres hors UE). |
5. Synthèse des supports d'investissement
Le support d'investissement détermine la performance et le risque de votre épargne.
Risque faible à nul (Court terme / Sécurité)
- Livrets réglementés : Rendement garanti par l'État, capital garanti, disponibilité immédiate.
- Fonds en euros (en Assurance-Vie) : Capital garanti par l'assureur. Rendement stable, idéal pour sécuriser un apport immobilier à moyen terme (3 à 5 ans).
- Fonds monétaires : Disponibles sur PEA, CTO ou AV, ils répliquent les taux au jour le jour des banques centrales.
Risque moyen à élevé (Moyen à long terme / Croissance)
- ETF / Trackers actions (ex. MSCI World) : Fonds cotés répliquant un indice global. Ils permettent une diversification automatique sur des centaines d'entreprises mondiales avec des frais de gestion très réduits (souvent entre 0{,}15 % et 0{,}38 % par an).
- Immobilier (Résidence Principale) : Recommandé si vous avez une visibilité géographique à moyen/long terme (amortissement des frais de notaire et de dossier). Elle offre une exonération totale d'impôt sur la plus-value à la revente.
- SCPI et immobilier locatif en direct : Nécessitent des compétences de gestion, génèrent de la fiscalité sur les revenus fonciers et comportent des frais d'entrée importants. À réserver aux investisseurs avertis.
6. Feuille de route pour l'allocation de votre épargne
[ REVENUS MENSUELS ]
│
▼
1. Éliminer les dettes coûteuses
(Crédits conso / découverts > 4-5%)
│
▼
2. Constituer le fonds de sécurité
(3 à 6 mois de dépenses sur LEP / LA / LDDS)
│
▼
3. Définir vos objectifs selon l'horizon temporel
│
┌───────────────────────────────┼───────────────────────────────┐
▼ ▼ ▼
Court terme Moyen terme Long terme
(0 à 3 ans) (3 à 8 ans) (8 ans et +)
─────────┬───────── ─────────┬───────── ─────────┬─────────
│ │ │
▼ ▼ ▼
• Livrets réglementés • Fonds en euros (AV) • PEA (ETF Actions)
• Comptes à terme • Fonds monétaires • PER (si TMI forte)
• Immo (RP si stable)
- Rembourser les dettes à haut taux : Si vous détenez des crédits à la consommation ou des découverts dont le taux d'intérêt dépasse ce que rapportent vos livrets, leur remboursement prioritaire offre un rendement garanti équivalent au taux du crédit économisé.
- Remplir l'épargne de sécurité : Alimentez votre LEP (si vous y êtes éligible selon vos revenus) puis votre Livret A / LDDS jusqu'à atteindre votre cible de 3 à 6 mois de dépenses.
- Investir selon votre horizon :
- Moins de 3-5 ans (Projet, apport immo) : Privilégiez la sécurité du capital (Fonds euros en AV, livrets).
- Plus de 8-10 ans (Retraite, indépendance financière) : Investissez sur des ETF actions diversifiés au sein d'un PEA pour optimiser l'effet des intérêts composés.
Guide complet de l'épargne et des placements en France
L'optimisation d'un patrimoine ne repose pas sur des solutions miracles, mais sur une allocation cohérente en fonction de vos objectifs, de votre horizon de placement et de votre tolérance au risque. Ce guide dresse un panorama à jour des supports d'investissement accessibles en France, en rectifiant les idées reçues et les règles obsolètes.
1. Principes fondamentaux d'une bonne gestion patrimoniale
Avant de choisir un support, trois règles structurelles doivent guider vos arbitrages :
- L'épargne de précaution se calcule en dépenses, pas en revenus : Immobiliser six mois de salaire sur des livrets faiblement rémunérés crée un coût d'opportunité élevé. L'épargne de précaution doit représenter 3 à 6 mois de charges fixes incompressibles (loyer, factures, alimentation, remboursements de crédits).
- La neutralisation des frais : Les frais d'entrée, de versement ou de gestion excessive dégradent la performance composée sur le long terme. Privilégiez les acteurs en ligne sans frais sur versement et les supports à gestion passive (ETF).
- L'optimisation de la fiscalité : En France, le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU ou Flat Tax) s'élève à 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux). L'utilisation d'enveloppes fiscales privilégiées (PEA, Assurance-vie, PER) permet d'en réduire significativement l'impact.
2. Synthèse des enveloppes et supports de placement
Épargne court terme (0 à 3 ans) : Sécurité et disponibilité immédiate
Ces supports visent la protection absolue du capital pour faire face aux imprévus ou financer des projets imminents.
| Support | Avis | Rendement | Risque | Fiscalité | Disponibilité | Plafond | Analyse & Recommandations |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| LEP (Livret d'Épargne Populaire) | Recommandé | Taux réglementé bonifié | Nul | Net d'impôt et de PS | Immédiate | 10 000 € | Prioritaire. À remplir avant tout autre livret sous réserve d'éligibilité (conditions de ressources). |
| Livret A / LDDS | Recommandé | Taux réglementé | Nul | Net d'impôt et de PS | Immédiate | 22 950 € (LA)<br> |
<br>12 000 € (LDDS) | Socle de précaution. Parfait pour héberger l'épargne d'urgence (3 à 6 mois de charges). |
| Livret Jeune | Recommandé | Taux fixé par la banque (≥ Livret A) | Nul | Net d'impôt et de PS | Immédiate | 1 600 € | Réservé aux 12-25 ans. À utiliser en priorité pour cette tranche d'âge. |
| Comptes à terme (CAT) | Cas particuliers | Taux garanti à la souscription | Nul | PFU (30 %) | Bloqué (1 à 5 ans) | Aucun | Pertinent pour placer une trésorerie sur une durée fixe sans risque de fluctuation de taux. |
| Fonds monétaires | Cas particuliers | Indexé sur les taux interbancaires (€STR) | Très faible | PFU (30 %) ou PEA | Immédiate | Aucun | Alternative crédible aux livrets bancaires imposés lorsque les plafonds des livrets réglementés sont atteints. |
| Warrants / FOREX / Produits dérivés | Non recommandé | Spéculatif | Extrême | PFU (30 %) | Immédiate | Aucun | À proscrire. Ces instruments à fort effet de levier s'apparentent à du jeu d'argent et ne constituent pas des outils de placement. |
Épargne moyen terme (3 à 8 ans) : Valorisation et préparation de projets
L'objectif est d'obtenir un rendement supérieur à l'inflation en acceptant une volatilité contrôlée ou une contrainte de durée.
| Support | Avis | Rendement | Risque | Fiscalité | Disponibilité | Plafond | Analyse & Recommandations |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| PEA (Plan d'Épargne en Actions) | Recommandé | Performance des marchés actions | Élevé | Exonération d'IR après 5 ans (PS 17,2 % dus) | Rachat avant 5 ans entraîne la clôture | 150 000 € | L'enveloppe prioritaire pour les actions. Bien que ciblé sur l'UE, il permet d'investir sur les indices mondiaux via des ETF à réplication synthétique. |
| Assurance-vie | Recommandé | Variable selon l'allocation (Fonds € / UC) | Faible (Fonds €)<br> |
<br>Élevé (UC) | Abattement annuel sur les gains après 8 ans (4 600 € / 9 200 €) | Immédiate (fiscalité dégressive) | Aucun | Outil polyvalent pour la capitalisation et pilier de la transmission successorale (exonération jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans). |
| PEE / PERCO | Recommandé | Selon les fonds du plan | Variable | Exonération d'IR (PS dus) | Bloqué 5 ans (hors cas de déblocage) | Selon accords | Trés avantageux si l'entreprise verse un abondement (abondement totalement exonéré d'impôt). |
| ETF (Trackers) | Recommandé | Performance de l'indice répliqué | Élevé | Selon l'enveloppe (PEA, AV, CTO) | Immédiate | Aucun | Instrument à privilégier pour investir en Bourse : frais de gestion extrêmement bas et diversification instantanée par rapport aux fonds actifs. |
| PEL (Plan d'Épargne Logement) | Non recommandé | Fixé à l'ouverture | Nul | PFU (30 %) | Bloqué 4 ans minimum | 61 200 € | Intérêt très limité en phase d'épargne, sauf si le taux de crédit garanti associé redevient inférieur aux taux du marché immobilier. |
Épargne long terme (+10 ans) : Retraite et transmission
Ces supports s'inscrivent dans une logique de constitution de revenus complémentaires futurs ou de transmission de capital.
| Support | Avis | Rendement | Risque | Fiscalité | Disponibilité | Plafond | Analyse & Recommandations |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| PER (Plan d'Épargne Retraite) | Cas particuliers | Variable selon les supports choisis | Variable | Versements déductibles de l'IR. Gains et capital imposés à la sortie | Bloqué jusqu'à la retraite (hors achat RP ou aléas) | Selon le plafond fiscal d'épargne retraite | À réserver aux Tranches Marginales d'Imposition élevées (30 %, 41 %, 45 %). Permet une économie d'impôt immédiate à l'entrée. |
| SCPI (Immobilier papier) | Cas particuliers | Distribution de loyers (~4,5 à 5,5 %) | Moyen | Revenus fonciers (IR + PS) ou PFU si SCI | Marché secondaire à liquidité limitée | Aucun | Outil d'investissement immobilier sans gestion directe. Attention à l'impact des frais d'entrée et à la lourdeur de la fiscalité foncière si détenu en direct. |
| Actions en direct | Cas particuliers | Cours de Bourse + dividendes | Très élevé | PFU (30 %) ou PEA | Immédiate | Aucun | Nécessite une bonne connaissance des marchés et un suivi régulier. À loger prioritairement dans un PEA. |
3. Feuille de route d'allocation selon votre profil
-
Étape 1 : Assurer la sécurité immédiate
- Ouvrir un LEP si vos revenus le permettent.
- Remplir le Livret A / LDDS jusqu'à couvrir 3 à 6 mois de dépenses courantes.
-
Étape 2 : Prendre date sur les enveloppes fiscales
- Ouvrir un PEA et une Assurance-vie en ligne dès que possible pour lancer le compteur fiscal (5 ans pour le PEA, 8 ans pour l'Assurance-vie), même avec le versement initial minimum.
-
Étape 3 : Dynamiser le capital long terme
- Alimenter régulièrement le PEA avec des ETF larges (ex. MSCI World) pour capter la croissance économique globale.
- Si votre tranche d'imposition dépasse 30 %, évaluer l'opportunité d'un PER pour optimiser votre fiscalité annuelle tout en préparant la retraite.
Pour s'en sortir au travail sans y laisser ses plumes, il faut garder quelques vérités simples en tête. Le monde professionnel ressemble parfois à une jungle, alors autant connaître les règles du jeu.
D'abord, personne ne vous doit quoi que ce soit. Un poste est presque toujours éprouvant, stressant ou rébarbatif. Plus vite on l'accepte, plus les journées deviennent faciles à gérer. Le poste parfait n'existe pas vraiment, et si par miracle il existe, cela ne dure jamais très longtemps. Il vaut mieux arrêter de chercher la perle rare et faire un choix concret. De plus, peu importe le nombre de diplômes accumulés, le départ se fait presque systématiquement au bas de l'échelle.
Sur le terrain, être en accord avec les gens fait souvent avancer plus vite que chercher à avoir raison à tout prix. Quand personne ne demande votre avis, la sobriété reste la meilleure option. C'est exactement comme dans la vie quotidienne : les râleurs, les vantards, les personnes qui dramatisent ou qui pensent tout savoir fatiguent rapidement leur entourage.
La dynamique d'équipe comporte aussi ses injustices. Si un projet réussit, c'est le groupe entier qui reçoit les félicitations. En revanche, si une erreur survient, la responsabilité retombe souvent sur une seule personne. La réussite demande un mélange de volonté, de travail et de talent, mais elle exige aussi d'être au bon endroit au bon moment, de croiser les bonnes personnes et de savoir entretenir de bonnes relations avec elles.
Les responsables pensent avant tout à leur propre parcours. Pour capter leur attention, il faut leur montrer en quoi votre travail contribue directement à leur succès. Vouloir réussir entièrement seul est une illusion qui freine la progression. L'idéalisme ne paie pas le loyer, donc tant qu'une démarche demeure légale, autant s'en servir.
On croise souvent trois profils en entreprise : la personne qui se cherche des excuses, celle qui passe son temps à pointer les erreurs des autres, et celle qui apporte des solutions constructives. Garder de bonnes relations avec ses collègues est indispensable, mais la loyauté professionnelle revient d'abord à la structure qui vous rémunère. Enfin, vouloir réussir par simple esprit de contradiction ne mène nulle part sur la durée, et il ne faut jamais oublier que personne n'est irremplaçable.
Si tu penses qu'il faut absolument chercher l’Amour pour le trouver, tu peux t'arrêter tout de suite : tu risques surtout de passer totalement à côté.
L’homme ou la femme idéale que tu te représentes dans tes fantasmes n’existe simplement pas. En réalité, cette personne est bien plus simple, bien plus belle et sans doute plus ordinaire que ce que tu imaginais. Alors ouvre-toi simplement aux autres pour la croiser. Une seule règle d'or au passage : garde ton passé amoureux pour toi, cela ne regarde strictement personne d'autre.
Être en couple n'a jamais été une solution miracle. Si tu vis ton célibat comme un problème, c'est que le vrai sujet se trouve en toi. Prends le temps de comprendre ce qui coince et règle-le.
Tes premières histoires ne tiendront pas sur la durée. Vois-les plutôt comme des brouillons indispensables pour tes futures relations sérieuses. Pour bâtir un couple, il faut d'ailleurs partager bien plus de points communs que le simple fait d'être tous les deux célibataires.
C'est un peu comme une carrière professionnelle : si tu refuses d'accumuler de l'expérience avant de viser le poste parfait, tu n'auras ni les épaules pour l'obtenir, ni ce qu'il faut pour le garder. Arrête d'attendre le prince charmant ou la fille parfaite. Même si une telle personne existait, tu n'aurais probablement pas ce qu'il faut pour lui plaire aujourd'hui.
Quant à la fameuse approche du type « Je vais te chérir, te combler, répondre à tous tes besoins et faire tes quatre volontés », elle est tout simplement désastreuse, et ce pour trois raisons très simples.
D'abord, loin de te donner l'air d'un chevalier romantique au service de sa princesse, cela montre juste une forme de désespoir. Ensuite, les gens équilibrés cherchent une relation d'égal à égal ; ils n'ont aucun intérêt à fréquenter un esclave sans conversation. Enfin, les seules personnes que ce genre d'attitude attire sont les profiteurs et les manipulateurs. Ils feront de ta vie un enfer et te jetteront une fois qu'ils t'auront tout pris : ton argent, tes biens, ta santé et ta réputation.
Évite aussi de t'attacher à quelqu'un qui accumule plus de dettes qu'il ne peut en rembourser.
Garde en tête que ce que montrent les films et les séries sur la vie de couple n'a rien à voir avec la réalité, tout comme le porno n'a rien à voir avec la vraie sexualité.
De même, si tu cherches à séduire en étalant ton argent ou tes possessions, tu finiras forcément avec quelqu'un qui n'en a que pour ton portefeuille et tes affaires.
Chaque individu étant unique, ne compte pas trop sur ce que tu penses avoir appris du sexe opposé lors de ta dernière relation : presque rien ne s'appliquera à la suivante.
La rencontre magique et parfaite dès le premier jour n'existe pas. Même pour les couples les plus fusonnels, il a fallu que chacun accepte quelques ajustements et compromis pour construire cette compatibilité. En revanche, si tu es le seul à faire des concessions et des sacrifices, c'est tout simplement que vous n'êtes pas faits l'un pour l'autre.
Au fond, les couples qui durent le plus longtemps sont formés par des personnes qui n'ont pas besoin d'être à deux pour être heureuses et exister.
Les préservatifs existent : penses-y et utilise-les.
Et n'oublie jamais une chose : personne n'est irremplaçable.
Dans les relations humaines, quelques principes simples permettent d'éviter bien des déboires.
On croise généralement trois types de personnes : celles qui avancent avec vous, celles qui restent spectatrices et celles qui se mettent en travers de votre chemin. L'attitude la plus saine consiste à accueillir les premières, laisser de côté les deuxièmes et s'éloigner des troisièmes.
Offrir son respect et sa loyauté par défaut est une bonne base, à condition de les retirer rapidement à ceux qui s'en montrent indignes. Au début, tout le monde montre son meilleur visage. La vraie personnalité n'apparaît qu'avec le temps et la répétition des situations. De plus, chacun porte son lot de blessures passées et risque d'en faire subir les contrecoups à son entourage. Mieux vaut donc prendre le temps d'observer une personne avant de l'intégrer pleinement à sa vie.
Une relation équilibrée ne fonctionne qu'entre égaux. Il faut refuser les rôles asymétriques, comme celui du pilier qui porte tout le groupe ou celui de la cible qu'on utilise pour se moquer.
Se séparer des personnes pénibles ressemble au retrait d'un pansement. Retirer le problème d'un coup fait mal sur le moment mais règle le sujet. Hésiter ne fait que prolonger inutilement une situation douloureuse. Enfin, comme il est impossible d'éliminer toutes les interactions indésirables, apprendre à maintenir une distance polie mais ferme reste la solution la plus efficace.
L’adoption rapide de l’intelligence artificielle (IA) en entreprise soulève une question souvent ignorée : comment former des experts si les machines prennent en charge le travail des débutants ? Ce phénomène invisible, mais bien réel, porte un nom : la dette d’apprentissage.
Si l’IA permet d’automatiser immédiatement les tâches simples, elle risque de bloquer la transmission des compétences sur le long terme.
Du junior à l'expert : la fin d'un modèle traditionnel
Pour comprendre le problème, il faut observer comment s’est toujours construite une carrière professionnelle. Le parcours classique repose sur une progression par étapes :
- Le point de départ : Un profil junior intègre l'entreprise.
- L'apprentissage par la pratique : Il commence par des tâches simples, souvent répétitives et fastidieuses. C'est ce travail de base qui forge son expérience.
- L'observation : En travaillant aux côtés de collègues plus expérimentés, le débutant observe les méthodes et assimile les bonnes pratiques.
- L'accumulation d'expérience : Face aux premières difficultés, il développe des compétences concrètes et acquiert une forme de maturité professionnelle.
- L'expertise : Après plusieurs années, ce parcours permet au junior de devenir à son tour un profil senior capable d'encadrer les autres.
Le modèle IA : une rupture dans la chaîne de transmission
L'introduction massive d'agents conversationnels et d'outils d'automatisation bouleverse totalement cette trajectoire. Le nouveau schéma court-circuite les premières étapes :
- L'automatisation du travail de base : Les tâches simples qui étaient confiées aux débutants sont désormais déléguées à l'IA.
- L'absence de terrain d'entraînement : Privé de ces travaux préparatoires, le profil junior ne dispose plus de matière pour s'exercer et comprendre les fondamentaux de son métier.
- Une rupture de parcours : Sans cette base pratique, le développement des compétences stagne. La chaîne de transmission est brisée, créant un vide difficile à combler.
La dette d'apprentissage : un impact visible à moyen terme
Ce blocage ne se manifeste pas immédiatement, mais s'accumule pour former une dette dont les effets se feront ressentir par étapes successives.
Dès aujourd'hui : le gel des embauches
Les entreprises réduisent le recrutement de profils débutants, estimant que l'IA peut accomplir leurs tâches de manière plus rapide et économique.
À moyen terme : la pénurie d'experts
Dans quelques années, les seniors actuels partiront à la retraite ou évolueront. Faute d'avoir formé la génération suivante, les entreprises feront face à une absence de profils qualifiés pour les remplacer.
À long terme : la crise managériale
L'absence de profils intermédiaires entraînera un manque de relais au sein des équipes et un déficit global de leadership. Sans expérience du terrain, les futurs managers peineront à encadrer efficacement les projets.
Un défi d'organisation pour les entreprises
Le véritable enjeu de l'intelligence artificielle n'est pas seulement technologique, il est organisationnel. L'automatisation offre des gains de productivité immédiats, mais elle consomme le capital de compétences futures de l'entreprise.
Pour ne pas subir cette dette, les organisations devront réinventer l'intégration des profils juniors en leur trouvant de nouvelles modalités d'apprentissage, déconnectées des simples tâches d'exécution.
Edward Zitron dénonce notre ère dominée par le “Business Idiot” : ces dirigeants abstraits, plus éloignés du terrain que de leurs bénéfices, qui utilisent l’IA comme un foulard pour masquer leur incompétence.
• Ils valorisent l’image, non pas le savoir-faire
• L’IA est adoptée de façon précipitée sans ROI réel
• Les médias relaient leurs récits vides de sens
• Les métiers concrets sont dévalorisés au profit du verbiage
Une critique percutante d’un système qui favorise les apparences sur la compétence. À lire si vous en avez marre du buzz et cherchez du fond.
Il est fascinant de voir à quel point l’audiophilie peut sombrer dans le folklore : entre CD glacés, pierres magiques et boutons en bois, ces croyances relèvent plus d’un placebo que d’une amélioration tangible. À méditer avant d’investir dans le “son mystique”.
L’auteur utilise les modèles de langage (LLMs) pour accélérer son travail, mais cela restreint son apprentissage approfondi ainsi que sa maîtrise technique. Il redoute de devenir dépendant de l’intelligence artificielle et de perdre sa capacité à raisonner et innover de manière autonome.
Néanmoins, les LLMs offrent un gain de productivité significatif à court terme. Il cherche donc à trouver un équilibre entre automatisation et apprentissage personnel, en consacrant volontairement du temps sans recours à l’IA afin de préserver ses compétences.
L’enjeu principal est de ne pas sacrifier sa réflexion critique et son développement intellectuel face à la montée rapide des outils d’intelligence artificielle.
Avec les centaines de milliards de dollars d’investissements annoncées par l’américain OpenAI et la technologie révolutionnaire du chinois DeepSeek, le secteur progresse à une vitesse fulgurante. Pourtant, la question d’une intelligence supérieure se pose, avec son lot d’inquiétudes concernant son autonomie. Etat des lieux et pistes de recherche.
La vague de l’intelligence artificielle (IA) ne faiblit pas. A peine l’entreprise OpenAI, aux Etats-Unis, avait-elle annoncé vouloir investir massivement, avec des partenaires, 500 milliards de dollars sur cinq ans, dans des infrastructures dévolues à ces calculs, qu’une start-up chinoise jouait les trouble-fêtes. DeepSeek a proposé un logiciel plus économique et tout aussi performant, du moins si l’on fait abstraction de trous volontaires dans sa connaissance, liés à la censure chinoise.
Ces deux événements sont les derniers d’une liste de progrès qui se succèdent à grande vitesse, tirés par de puissants acteurs économiques, souvent au détriment de la recherche académique, qui ne peut suivre.
Jusqu’à quand les performances augmenteront-elles ? Toutes ces avancées, qualifiées d’intelligence artificielle, mèneront-elles par extrapolation à des systèmes d’intelligence supérieure ou faudra-t-il pour y parvenir des innovations de rupture, comme le domaine en a déjà connu ?
Face à ces interrogations, les chantiers scientifiques et techniques ne manquent pas. D’autant qu’à ces progrès sur les « applications » – des programmes plus intelligents, plus autonomes, multimodaux, ou guidant des robots… – il faut ajouter des questions transversales majeures, encore ouvertes.
L’une est parfois décrite sous la vaste ombrelle d’« IA de confiance », qui rassemble plusieurs objectifs, comme limiter les erreurs de ces outils, les rendre plus explicables, « débiaiser » leurs réponses à cause de données d’entraînement déséquilibrées en faveur de tel ou tel pays, tel ou tel genre, telle classe sociale…
La question du coût environnemental – fortes consommations électriques et d’eau, recours à des cartes à puces gourmandes en matériaux – est également sur la table. Avec son corollaire, l’« effet rebond », selon lequel les gains d’efficacité disparaissent à cause d’un surplus des usages.
Le 29 janvier, le rapport de Yoshua Bengio, professeur à l’université de Montréal et figure respectée du domaine, est aussi venu rappeler que les questions de sécurité, leur évaluation et les parades contre les dangers restent d’actualité. Le chercheur décrit les « mauvais usages », les « dysfonctionnements » ou les « risques systémiques » que les progrès récents accentuent. De quoi nourrir les réflexions des acteurs institutionnels ou industriels qui auront pour mission de poursuivre l’élaboration des politiques de régulation lors du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, les 10 et 11 février à Paris.
Devant cette accélération, un état des lieux, forcément provisoire et partiel, s’impose.
Une course à la taille infinie ?
A en croire les tests d’évaluation, les systèmes d’IA générative font des progrès constants en matière d’« intelligence ». En 2020, le meilleur modèle de traitement du langage (Large Language Model, « grand modèle de langage », LLM) répondait avec succès à 48,9 % des questions d’un questionnaire à choix multiple de culture générale (test Measuring Massive Multitask Language Understanding). Puis à 60 % deux ans plus tard. A 74,1 % fin 2022, au moment de l’arrivée de ChatGPT. Puis à 86,4 % moins de six mois plus tard. Désormais, plus de 88 % des réponses sont correctes. Cette croissance est la même sur toute une batterie de tests qui sert d’étalon à chaque nouvelle sortie de modèle génératif.
Il existe même une loi générale qui s’est empiriquement dessinée, comme la loi de Moore sur le doublement de la puissance de calcul des puces tous les dix-huit mois. En 2020 et 2022, des équipes d’OpenAI et de DeepMind faisaient un lien entre le volume de données d’apprentissage, la performance et la taille des modèles. Cette taille double tous les six mois environ.
DeepSeek-V3, le dernier modèle d’une entreprise chinoise qui a chamboulé la hiérarchie fin janvier, n’échappe pas totalement à ce principe : avec 14,8 mille milliards de tokens (des sous-divisions de mots) utilisés pour son apprentissage et plus de 671 milliards de paramètres pour fonctionner, il est dans le haut du panier en taille, du moins en comparaison avec les modèles d’entreprise ayant communiqué ces informations. Mais il a demandé moins de ressources informatiques pour son développement, relativisant les investissements délirants nécessaires pour obtenir les meilleures performances.
Même avant l’arrivée de DeepSeek, cette course à l’armement irritait. En septembre 2024, dans un article mis en ligne, trois grands spécialistes du secteur, Gaël Varoquaux (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique), Alexandra Sasha Luccioni (Hugging Face) et Meredith Whittaker (Signal), dénonçaient le paradigme du « plus c’est gros, mieux c’est ». « Nous ne réfutons pas l’existence de ces lois d’échelle, mais nous contestons l’utilité des gros modèles pour un grand nombre de tâches pratiques », souligne Gaël Varoquaux. L’article note ainsi que dans bien des domaines, imagerie médicale, science des données, vision par ordinateur ou traitement du langage, les méthodes maximalistes saturent. Quand des méthodes alternatives aux grands modèles existent et sont souvent meilleures.
En décembre 2024, une équipe constituée des chercheurs de LightOn, de Hugging Face, d’Answer.ai et de l’université Johns-Hopkins a revisité un dinosaure, le modèle BERT de Google, première incarnation de l’architecture aujourd’hui dominante, les « transformeurs ». Ils l’ont amélioré, « profitant de cinq ans de développement technologique », explique Iacopo Poli, de LightOn. ModernBERT fait la même taille que BERT, moins de 500 millions de paramètres, mais il excelle pour reconnaître des entités dans des textes et retrouver de l’information, sur une carte graphique loin d’être la plus performante.
« Cette course a aussi des conséquences néfastes », rappelle Gaël Varoquaux, au-delà de la consommation électrique en forte hausse. Cet article regrette aussi que ces développements limitent le champ des recherches. « On se ferme scientifiquement à des questions. En science des données, les questions des relations de causalité entre différents facteurs sont capitales, par exemple en santé, mais elles sont laissées de côté, critique Gaël Varoquaux. Il faut de la recherche pour attaquer ces problèmes, pas des modèles plus gros. »
Le débat fait rage sur la poursuite de cette croissance et le risque de saturation. Il est vrai que la quantité de textes disponible pour l’entraînement pourrait ralentir la croissance. Tout comme l’augmentation exponentielle des ressources met en tension les infrastructures. Le groupe de chercheurs Epoch AI, qui compile les informations sur les modèles de langage, estime que « le stock de textes pourrait être complètement utilisé entre 2026 et 2032 ».
A l’inverse, les ingénieurs rivalisent pour mieux mettre à profit les ressources. DeepSeek a ainsi amélioré son architecture pour réduire les coûts d’entraînement. Plusieurs techniques permettent aussi de réduire la taille des modèles, sans trop perdre en qualité. DeepSeek, toujours, a eu recours à l’une d’elles, la distillation, pour transformer des modèles open source, LLaMA de Meta et Qwen d’Alibaba, en modèles plus petits, jusqu’à 440 fois, mais imitant leurs performances.
De nouvelles architectures fleurissent aussi, comme Mamba, Hyena ou des systèmes travaillant sur les lettres et plus seulement sur les tokens, pour gagner encore en efficacité. Mais elles n’ont pas le même potentiel de rupture que celle introduite par OpenAI le 12 septembre 2024…
Des IA qui raisonnent ?
Ce jour-là, l’entreprise américaine annonce un changement de paradigme pour son dernier modèle, baptisé o1. Bien qu’il soit improprement décrit comme capable de « raisonner », il est le premier à mettre en œuvre une technique rendue publique par Google en janvier 2022, qui permet de prolonger la croissance des performances. Jusqu’à présent la qualité des grands modèles de langage dépendait de leur « entraînement », directement corrélé au volume de données utilisées pour cette phase consistant à prédire le mot suivant dans des phrases. Produire une réponse, aussi appelée « inférence », consistait à activer les milliards de paramètres du modèle qui étaient figés après l’apprentissage.
L’idée de Google est de faire produire par le système une « chaîne de pensée », c’est-à-dire une série d’étapes logiques à suivre pour aboutir à la réponse. Par exemple, pour répondre à « Combien de frappes au clavier pour écrire tous les nombres de 1 à 500 ? », le modèle apprend à décomposer le problème et à proposer ce genre de réponse : « Il y a 9 chiffres de 1 à 9. Il y a 90 nombres à deux chiffres entre 10 et 99. Et il y a 401 nombres à trois chiffres entre 100 et 500. La réponse est donc 9 + 90 × 2 + 401 × 3 = 1 392. » Ce séquençage du problème améliore la réponse finale. Il augmente aussi le temps d’inférence. Mais comme l’avait constaté une équipe de DeepMind, cinq semaines avant la publication d’OpenAI, ce temps plus long est comme un temps d’entraînement en plus. Plus il augmente, meilleure est la performance.
OpenAI puis récemment DeepSeek ont automatisé cette nouvelle phase d’inférence en apprenant à leur modèle, à l’aide d’exemples, à élaborer ce cheminement. Cet entraînement recourt à la technique d’apprentissage par renforcement, utilisée en 2016 par DeepMind pour gagner au jeu de go, qui permet de trouver, par un système de récompenses, la meilleure stratégie possible. Dans ses communiqués, OpenAI dévoile la croissance des performances en fonction du temps de « raisonnement », donc en fonction des phrases générées pour l’explication. Mais l’entreprise n’a rien dit des détails du fonctionnement de son apprentissage par renforcement pour o1, alors que DeepSeek a révélé avoir utilisé un système de votes entre plusieurs solutions pour trouver la meilleure.
Grâce à ces innovations, les modèles de raisonnement comme o1 font mieux que ceux à inférence constante pour certains problèmes complexes qui font plus appel à la logique. Le défaut est que les réponses arrivent plus lentement et demandent plus de calculs.
Ce progrès n’a cependant pas ébranlé les esprits convaincus, depuis longtemps, que les modèles de langue et les IA génératives ne suffiront pas à aller vers plus d’intelligence. Yann Le Cun, un des pionniers du domaine, directeur scientifique de l’IA à Meta, a lancé à son auditoire à l’université de Genève, le 11 octobre 2024 : « Ne travaillez pas sur les LLM ! » Pour lui, la mode de ces modèles de traitement de langage va passer d’ici à « cinq ans », car ils sont insuffisants pour progresser sur le chemin de systèmes plus intelligents, qu’on voudrait capables d’abstraction, de planification, d’invention de nouvelles solutions, ou de se représenter le monde physique et ses lois.
« Il nous faut de nouvelles idées et elles ne viendront pas de gens travaillant sur les LLM », avait dit aussi François Chollet, ancien de Google, lors d’une autre conférence, AGI-24, à Seattle, en août 2024. L’ingénieur français a créé en janvier un nouveau laboratoire de recherche, NDEA, pour creuser ces idées. Il avait aussi mis au point, dès 2020, le test d’intelligence nommé ARC-AGI, fait d’exercices de géométrie testant les capacités d’abstraction de l’utilisateur. A ce test, ni o1 ni DeepSeek n’ont brillé : leurs scores sont respectivement de 20 % à 30 % de réussite pour le premier et de 15 % pour le second. L’humain peut dépasser les 95 %.
Mais, en décembre 2024, OpenAI sort en démonstration o3, qui monte jusqu’à 88 % ! Le blog du test ARC-AGI saluera sobrement cette prouesse : « C’est un pas important et étonnant dans la capacité des IA, effectuant des tâches jamais vues jusqu’à présent dans les modèles de type ChatGPT. » Et annonce d’ici à quelques semaines de nouveaux tests pour corser la difficulté.
Comme Yann Le Cun, François Chollet reste persuadé que les LLM manquent de capacité d’abstraction, conditions nécessaires à la généralisation, donc à plus d’intelligence. Selon lui, les modèles actuels sont bons pour représenter la connaissance et y trouver des organisations, mais ce n’est qu’une étape, assez éloignée de ce qu’il faut pour une intelligence plus complète. Il réfléchit à hybrider ces systèmes à d’autres, capables de générer des « programmes » par exploration du vaste paysage des solutions possibles.
Yann Le Cun défend, lui, une autre voie consistant à faire apprendre à un réseau de neurones un modèle du monde. Une idée simple pour y parvenir : montrer des vidéos de chutes d’objets à un modèle pour lui apprendre à générer des séquences originales respectant la chute des corps. Hélas, les images produites délirent au bout de quelques secondes… Le chercheur explore donc une idée, baptisée « enchâssement joint », qui consiste à faire apprendre au moyen de vidéos non pas une représentation figurative ou réaliste du monde, mais une représentation abstraite que seule la machine « comprend » et peut utiliser.
La course aux agents
Si les capacités de raisonnement récemment déployées par OpenAI ou DeepSeek ne convainquent pas tout le monde de leur intelligence, elles sont utiles pour des applications qui font l’objet d’une rude concurrence : les « agents ». A la différence des assistants conversationnels comme ChatGPT ou Gemini, dont le but est de dialoguer avec l’utilisateur, le terme désigne un programme capable d’exécuter plusieurs tâches, grâce à différents outils (un navigateur Web, une calculatrice, un exécuteur de code informatique, une reconnaissance de caractères, etc.), en planifiant ce qu’il doit faire, de façon autonome. Trouver un trajet en train et acheter le billet, analyser des courriels pour mettre à jour l’agenda, par exemple.
Tous les acteurs du secteur ont annoncé en 2024 développer des agents préentraînés ou des logiciels pour programmer leurs propres agents.
« L’une des difficultés, c’est l’orchestration des différentes tâches. Pour cela, nous utilisons les techniques de raisonnement présentes dans o1 d’OpenAI ou R1 de DeepSeek. Mais à la base, il faut aussi un bon modèle de langue », indique Laurent Daudet, président de LightOn, qui vient de proposer des agents à ses clients. Mais comme les modèles qui raisonnent sont plus lents, il faut aussi savoir doser l’équilibre entre coût de calcul et temps de réponse.
L’un des objectifs serait par exemple d’écrire des programmes complexes, et pas seulement de corriger et de suggérer des bouts de code. « Ce serait comme parler à une équipe d’ingénieurs. Chacun devrait ensuite faire la partie du projet qui le concerne », note Laurent Daudet. Certains envisagent même que des agents intelligents se mettent à écrire leur propre programme d’intelligence artificielle, et ainsi accélèrent la fabrication d’une intelligence supérieure générale.
Une équipe de Stanford a appliqué ce principe à la recherche scientifique, en mettant en ligne en novembre 2024, un article, non révisé par les pairs, décrivant les premiers essais de son Virtual Lab. Un agent « chef de labo » a fait travailler ensemble un agent « informaticien », un agent « chimiste » et un agent « critique », pour trouver des molécules actives contre les variants du virus SARS-CoV-2.
Si les agents sont l’un des futurs possibles de l’intelligence artificielle, ils sont aussi l’une des pièces-clés des scénarios dangereux associés à cette technologie. L’autonomie, la possibilité d’interagir sur le Web, ou avec d’autres machines font craindre des pertes de contrôle aux conséquences négatives. La version finale du rapport sur la sûreté de l’IA, présidé par Yoshua Bengio, publié le 29 janvier, note que les progrès récents, dont o1 et R1, renforcent ces inquiétudes.
Des IA qui voient et entendent
Pour bâtir un agent polyvalent, capable, par exemple, de piloter plusieurs applications pour accomplir une tâche, il faut lui donner la vue. Ce sens est indispensable aux IA pour qu’elles déchiffrent l’interface des logiciels et sites Web qu’elles manient. Les LLM dotés de la vision, voire de l’ouïe, sont dits « multimodaux » (Multimodal Large Language Models, MLLM). Apple y travaille avec son modèle Ferret-UI, Google avec ScreenAI : deux MLLM spécifiquement optimisés pour comprendre les interfaces logicielles.
Une photo prise le 27 février 2023 montre un logiciel de reconnaissance faciale sur le stand de Metaverse, au Mobile World Congress (MWC), le plus grand rassemblement annuel de l’industrie des télécommunications, à Barcelone (Espagne).
Une photo prise le 27 février 2023 montre un logiciel de reconnaissance faciale sur le stand de Metaverse, au Mobile World Congress (MWC), le plus grand rassemblement annuel de l’industrie des télécommunications, à Barcelone (Espagne). THOMAS COEX / AFP
Pour donner la vision aux LLM, beaucoup d’éditeurs se contentent d’y raccorder une IA visuelle, au risque que les deux se comprennent mal. Mais quelques acteurs tentent d’entraîner une seule et même IA, « nativement multimodale », en lui présentant des mots accompagnés d’images voire de sons – une description textuelle d’un chien accompagnée d’une photo et d’un d’aboiement par exemple –, afin qu’ils soient liés de façon étroite dans sa mémoire. Quelques modèles le font de façon convaincante, tels le GPT-4o d’OpenAI ou le Pixtral 12B de Mistral.
Le multimodal rend déjà des services concrets, en enrichissant nos relations aux IA génératives, avec lesquelles on peut désormais communiquer naturellement, en leur demandant d’écouter nos paroles ou de regarder ce que nous voyons, plutôt qu’en rédigeant exclusivement des questions textuelles.
Sur le plan oral, les meilleurs MLLM sont déjà très convaincants : ils comprennent bien les questions posées à voix haute, certains tolérant même d’être interrompus pour enrichir ou réorienter la question. Sur le plan visuel en revanche, leurs capacités sont beaucoup moins avancées, qu’il s’agisse d’analyser des graphiques, des tableaux, de proposer un repas à partir d’une photo du contenu du frigo, de résoudre une équation mathématique, d’analyser la vidéo d’un jeu 3D pour proposer des astuces, etc. Dans la plupart des scénarios d’usage, leur taux d’erreur demeure pour l’instant élevé.
Les MLLM peuvent aussi, en sortie, créer des sons et des images à la demande. La génération de photos donne des résultats très convaincants. Les éditeurs peaufinent encore la génération de textes et d’images mélangés, telles les présentations professionnelles. La génération de vidéos, quant à elle, a de gros progrès à faire. Sora, l’outil vidéo d’OpenAI, testé par Le Monde, s’est rarement montré capable de produire des plans exploitables – leur continuité narrative médiocre s’ajoutant aux bugs visuels déformant les personnages. Mais sur quelques requêtes spécifiques, comme les vues aériennes de paysages, les résultats sont déjà surprenants.
Capture d’écran d’une vidéo de démonstration d’EfficientViT, IA du MIT, qui pourrait permettre à un véhicule autonome d’identifier les objets avec précision.
Capture d’écran d’une vidéo de démonstration d’EfficientViT, IA du MIT, qui pourrait permettre à un véhicule autonome d’identifier les objets avec précision. MIT NEWS/STILL COURTESY OF THE RESEARCHERS
Côté audio, les tests récents du Monde sur l’outil de génération de vidéo Suno v4 (novembre 2024) se sont avérés convaincants jusqu’à en être inquiétants pour les artistes. Les titres générés sont non seulement crédibles en matière de structure et de mélodie, mais aussi dotés de voix et de paroles cohérentes. Ils souffrent beaucoup moins des tremblements et impuretés sonores qui entachaient les productions de son prédécesseur Suno v3.5. En revanche, le résultat est souvent éloigné de la requête initiale. Suno travaille actuellement à améliorer la compréhension des consignes rédigées par ses utilisateurs et à enrichir sa connaissance des styles musicaux.
La robotique mue par l’IA
La déferlante des MLLM pourrait bien bousculer un autre domaine, la robotique. C’est le postulat de plusieurs universitaires chinois, qui ont assemblé un panorama des recherches à la convergence de ces deux champs. L’objectif de leurs nombreux travaux est d’en finir avec les robots limités à quelques tâches et perdus en cas d’imprévu.
Les MLLM ont le potentiel d’améliorer la capacité de compréhension des environnements complexes des robots, leur aptitude, encore sommaire, à déchiffrer les instructions humaines, à raisonner, et à planifier. L’espoir est que, grâce à eux, un robot puisse se débrouiller seul lorsqu’on lui demandera : « Attrape le clavier à droite de la boîte de mouchoirs. » Des entreprises d’IA comme Hugging Face ou OpenAI ont récemment monté des équipes de robotique (2024) – le constructeur auto Tesla ou l’e-commerçant Amazon l’avaient fait il y a longtemps.
Pour atteindre un haut niveau d’autonomie, les robots auront besoin d’une compréhension profonde et intuitive de la physique du monde : gravité, relations spatiales et géométriques, permanence des objets, résistance et déformation des matériaux. C’est dans ce but très convoité que l’entreprise Nvidia a mis en chantier Cosmos, qu’elle appelle son « modèle du monde ».
Ce type de connaissances physiques sera nécessaire, selon des chercheurs de Harvard, pour améliorer leur propre modèle de planning vidéo langagier (Video Language Planning, VLP). Lorsque l’IA d’un robot hésite devant plusieurs choix, le VLP peut simuler visuellement les conséquences de chaque hypothèse sur le monde réel pour faire un choix. Un travail inachevé car, comme le déclarait Yann Le Cun au Forum économique mondial de Davos en janvier 2024, « un chat dispose aujourd’hui d’une compréhension du monde physique largement supérieure à celle des meilleures IA ».
Ces modèles physiques du monde sont d’autant plus stratégiques qu’ils servent une autre piste majeure d’avancée pour la robotique : la simulation. Ce procédé permet de limiter le recours aux vidéos d’entraînement en 3D haute qualité filmées dans le monde réel, coûteuses à produire. L’enjeu est de bâtir des simulateurs aux fondements physiques suffisamment réalistes pour qu’un robot puisse s’y entraîner avant de rejoindre le monde réel sans faire l’expérience de discordances – le Graal pour des projets comme VirtualHome, Isaac Sim, Matterport, Morse, PyBullet, Gazebo, etc.
Jensen Huang, le PDG de Nvidia, explique ainsi dans une interview qu’il est compliqué d’enseigner à un robot d’attraper un verre sans le casser, car l’objet verre existe dans d’innombrables tailles, formes et matériaux. Il suggère de combiner quelques démonstrations vidéo réelles à des milliers de simulations différentes, fabriquées rapidement et économiquement grâce à des outils de génération d’objets en 3D par IA générative.
Piste plus radicale encore : lâcher des robots dans le monde réel, pour qu’ils apprennent par essai-erreur – un scénario délicat, qui supposerait de les faire cohabiter avec des humains. Ou les plonger dans un monde entièrement simulé, relations sociales incluses, qui serait extraordinairement complexe à modéliser. Avec l’espoir, en ligne de mire, que ces apprentissages automatiques puissent faire passer un cap important aux intelligences artificielles génératives, bien au-delà de la robotique. Car, selon une partie de la communauté scientifique, un robot devrait apprendre comme le fait un humain, à travers un corps et des sens, plongé dans un monde physique et social. Et non uniquement dans le monde du langage, celui où évoluent actuellement les LLM.
Une lecture très intéressante.